De mes multiples voyages, l’un de ceux qui m’ont déclenché un coup de cœur c’est Ouidah, la ville touristique du Bénin.

Mon ami Théo et moi-même avions décidé de nous rendre à Ouidah en longeant les 281 kilomètres de côte depuis Agbavi au Togo en passant par Grand Popo.

Le départ était prévu à 8h du matin mais comme toujours, je mets plus d’une heure à me préparer! On ne peut pas changer sa nature!!! On démarre finalement sans trop de retard. Monsieur Komi, toujours fidèle au poste et surtout bien en forme pour nous accompagner dans cette belle aventure, conduit le véhicule.

Les yeux écarquillés, je prends plaisir à admirer ce beau paysage au lever du jour. Le vent frais du matin me caresse le visage et les cheveux. La vie s’éveille sur le bord de la route.

Après quelques heures, on arrive dans la ville d’Aného, précisément là, où la mer et le lac se rejoignent mais ne se mélangent pas. Aného marque la frontière du Bénin. Nous parlerons du Togo et de ses belles villes lors de notre prochaine Évasion.

Nous arrivons à la frontière Togo/ Bénin appelée Hillacondji, frontière grouillant de monde. Le soleil commence à darner ses rayons et la chaleur se fait bien ressentir.

Les vendeuses courent vers notre voiture pour nous proposer leurs marchandises. L’une d’entre elles me lance avec politesse “Tata, tata, vous voulez acheter mes huiles? Je ne les vends pas chères”. Je me rappelle que ma fille m’a demandé de lui rapporter de l’huile de coco 100% naturelle pour ses soins capillaires. Je m’enquière de savoir combien coûtent les petites bouteilles en plastique de 50 cl. Elle me répond: » 2 500 FCFA ». Ce qui revient à 3 euros et 81 centimes. Comparé aux prix de vente de Paris, cela me convient parfaitement. 4 petites bouteilles trouveront très certainement bien acquéreurs dès mon retour en France.

Nous supportons les contrôles douanièrs avant de reprendre la route.

Je suis excitée comme une enfant de 5 ans désireuse d’arriver plus vite que la voiture.

Enfin Grand Popo! Je tenais absolument à visiter et me poser quelques instants au village Awalé. Ce superbe village touristique dont on m’a tant parlé, un lieu relaxant qui plonge le visiteur dans un Bénin authentique. Nous trouvons place pour le déjeuner près de la plage. Nous passons d’abord notre commande avant d’aller marcher dans le sable fin. Poisson grillé avec du koliko (de l’igname frit) pour moi, poulet grillé aux feux de bois accompagné de banane plantains pour Théo, poissons en sauce avec du riz pour notre chauffeur. Le serveur nous donne un délai de 45 à 50 minutes. Komi a préféré nous attendre à la table.

Plage d'Awalé à Grand Popo au BéninMain dans la main, Théo et moi marchons sous les cocotiers en direction de la plage privée d’Awalé. Sur notre gauche, un transat nous attend comme si la nature avait lu dans nos pensées. Enlacés dans les bras l’un à autre, nous regardons le long de la côte. Le bruit des vagues nous emporte dans une profonde séance de méditation. D’un seul coup, la réalité nous rattrape, le déjeuner est prêt et la route nous attend.

Maintenant, direction Ouidah

L’histoire de Ouidah est étroitement liée à la mémoire de l’esclavage. Ouidah, la première capitale du Dahomey est aussi reconnue comme le centre de vente des esclaves et point d’embarquement de la traite négrière. Deux millions d’hommes ont quitté la baie du Bénin pour ne plus jamais rentrer chez eux…

PLACE CHACHA, place des enchères à OUIDAH C’est avec des frissons et les larmes au yeux que j’entame le trajet qu’empruntaient les esclaves. Nous commençons par la place Chacha, la place des Enchères où des hommes étaient sélectionnés et vendus. Après la vente, ils passaient à la Maison Fleurie pour être marqués au fer rouge par leur acheteur avant le rituel de l’oubli. Le fameux arbre de l’oubli. Une fois arrivés devant l’arbre, les hommes devenus esclaves devaient tourner 9 fois autour et 7 fois pour les femmes. La manoeuvre était supposée contreidre les esclaves à ne plus se souvenir de leurs origines. Puis, on les enfermait 3 à 4 mois dans des cases appelées “Zomaï” (là où la lumière ne vient pas). Ils étaient entassés, serrés dans le noir et dans des conditions misérables avant leur embarquement à fond de cale pour la longue traversée sans retour.

L'arbre de l'oubli à OUIDAHCette route qui s’étend sur 4 kilomètres me raconte l’histoire de ces hommes, femmes et enfants arrachés aux leurs, à leur pays pour une destination inconnue.

Lors de cette mise en quarantaine, certains ne survivaient pas. Alors on les enterraient dans une fosse commune, aujourd’hui Le Mémorial du Souvenir. A quelques mètres de là, se dresse l’Arbre du Retour datant de 200 ans. Après avoir quitté les cases, on les autorisait à se livrer à un dernier rituel qui garantissait que leur esprit reviendrait sur la terre de leurs ancêtres.

le Mémorial Zomachi à Ouidah au Bénin

Je n’ai pas oublié le Mémorial Zomachi, hommage aux fils et petits fils d’esclaves revenus au pays.

Notre parcours se termine à la porte du non retour qui symbolise le passage des esclaves vers l’autre monde sans retour en arrière. On raconte que des pirogues les attendaient pour les conduire dans les navires.

De nombreux esclaves ont été envoyé vers les Antilles, Cuba, Haïti ou encore le Brésil.

Porte du non retour à Ouidah au BéninAvant de quitter Ouidah, nous nous rendons au Temple des Pythons pour voir de nos propres yeux ce que la légende raconte. Arrivés devant sa clôture immaculée, je vois au dessus de ma tête les branches d’un vieil arbre enveloppé de mystère, autour desquelles un tissu blanc est noué. Le fameux arbre sacré porte le nom de Iroko et serait âgé de 600 ans. Selon l’histoire, tous les cinq jours, des sacrifices étaient perpétrés pour adorer la divinité et ainsi formuler des vœux en apposant la main gauche sur le trône.

arbre sacré porte le nom de Iroko du Temple des Pythons à OuidahSur tout le mur du Temple, de multiples dessins de cérémonies organisées sont représentées. A l’entrée, une statue de femme portant un Python autour du cou.

J’ai la peur au ventre car je déteste les serpents. J’hésite alors à rentrer dans le Temple. Un guide se dirige vers nous et essaie de nous faire changer d’avis. Me voyant terrifiée, il prend quelques minutes pour nous en raconter l’histoire.

Le Temple des Pythons à OUIDAHL’adoration du python demeure jusqu’aujourd’hui à Ouidah. Selon la légende, lors de guerres fratricides, après la défaite des guerriers du royaume de Daxomè venaient se réfugier dans la forêt de Ouidah et traquaient sans relâche, la population vivait alors dans l’insécurité. Un matin, en allant à la cueillette, une femme croisa des pythons qui lui auraient dit « Considérez- nous comme des Dieux et nous vous sauverons des guerriers du roi ». C’est alors que les pythons les auraient aidé à vaincre les terribles guerriers du royaume de danxomè. Depuis ce jour, les Pythons sont vénérés comme des divinités.

Le Guide nous explique qu’il existe 2 types de Pythons dans le Temple: le Python Royal, sans venin et donc inoffensif, le Python de Xweda, un redoutable boa.

A l’interieur du Temple se trouve également une jarre de purification qui a également une très longue histoire. Depuis 200 ans, elle trône dans la cour du Temple. On l’ouvrait tous les 7 sept ans. On sélectionnait 41 jeunes filles vierges pour aller puiser de l’eau dans un marigot situé à 7 km et remplir la jarre. Lors de cérémonies, les initiés du Temple y ajoutaient des plantes afin que les habitants puissent récupérer de l’eau pour en purifier leurs maisons. Au cas où ils ne trouvaient pas les 41 filles vierges alors, par pragmatisme ils choisissaient 41 vielles femmes ménopausées.

LE TEMPLE DES PYTHONS J’avoue que c’est avec une grande tristesse que nous quittons Ouidah pour la suite de l’aventure.