Les Ewés sont une population d’Afrique de l’Ouest, vivant principalement au Sud-Est du Ghana et au Sud du Togo où ils sont majoritaires. On les retrouve également au Sud-Est du Bénin. Les origines du peuple Ewé remontent aux vieilles cités du Moyen Orient. Ils vivaient en parfaite communion avec d’autres communautés dans l’Empire de Babylone.

peuple EwéSelon la bible, ils étaient les descendants de Noé. C’est sous le règne du leader « GU » qu’ils ont quitté Babel pour s’installer dans la Vallée du Nil, en Egypte. Ensuite, ces derniers ont été rejoints par d’autres groupes ethniques, notamment les Edomites (qui sont devenus de Juifs plus tard). La circoncision et l’adoration de Yhavé « Yéwé » sont quelques rites adoptés, grâce à cette vie commune par les Egyptiens, les Edomites et les Ewés. L’exode des peuples vers des zones vides ou inhabitées du continent africain a permis aux différentes communautés qui tirent leurs origines de l’Asie mineure de créer alors leurs propres empires tels que l’Empire de Nubie, l’Empire du Soudan et l’Empire du Ghana. De Babylone en passant par la vallée du Nil, la Nubie, le Soudan, le Tchad, le peuple Ewé est arrivé à Oyo au Nigéria et à Kétou au Bénin puis à Tado et pour finir à Notsé (Togo). D’autres communautés telles que les Akan, Baoulé avaient choisi d’autres itinéraires après avoir dépassé les plaines du Lac Tchad.
La route de Tado au Togo

Avant de s’installer à Notsé, les Ewés étaient passés par Tado, la cité historique des Adja. C’est à Tado que la population autochtone les ont surnommés les Ewés (Adorateurs du Dieu unique). La Cité-Etat de Notsé jadis « Berceau » du peuple Ewé était un Royaume. D’aucuns le qualifiaient même d’empire, parce que disposant de structures comparables à celles d’un Etat souverain, sa force spirituelle ainsi que la grandeur potentielle de sa population et son influence linguistique ont mené d’autres ethnies à se fondre dans le peuple Ewé de Notsé. Le peuple Ewé aujourd’hui est composé de beaucoup de sous-groupes qui partagent la même langue, (avec toutefois quelques nuances), au Togo, au Bénin au Ghana et au Nigéria.

Le grand chasseur qui détenait plus de pouvoir pour éloigner les Bêtes féroces à l’avant-garde de la caravane, s’appelait Nyoin ou Noé. Ne pouvant plus continuer la marche, il octroie son titre de commandant à son suppléant. C’est là où le roi DA intervient et dit « Si NYOIN reste-ici, moi aussi j’y reste » d’où le mot « Nyoin Tsi » qui avec le temps et les influences diverses, est devenu « Notsé », à cause de la transformation phonétique. Installés donc à Notsé, les chefs souverains du peuple Ewé avaient voulu eux aussi bâtir un empire. Les Ewé étaient un peuple laborieux.  Le territoire de Notsé avait, grâce aux terres arables, aux cours d’eau, aux pluies et au soleil, tout le potentiel pour l’agriculture, donc un territoire favorable à une vie sociale.

Le mythe de la muraille « Agbogbo »

Sous le règne du roi Agokoli, les problèmes de sécurité étaient récurrents. Afin de protéger la population, surtout les femmes et les enfants, le roi avait décidé de clôturer le lieu en construisant une muraille assez large et épaisse pour empêcher les razzias des envahisseurs et des bêtes féroces d’y pénétrer. D’un périmètre de 16 kilomètres, d’une hauteur de 6 mètres et d’une épaisseur de 4 mètres, la muraille Agbogbo entourait tout le royaume. Il n’est pas facile de déterminer le temps utilisé pour la construction. Elle était équipée de portails bien gardés pour faciliter les entrées et les sorties des habitants.

Le mythe de la muraille « Agbogbo » de NOTSE au TOGOCette Muraille est appelée « Agbogbo ou Egli  » (qui signifie le mur )

L’autre objectif inavoué était d’empêcher les administrés de quitter volontairement le royaume pour s’installer ailleurs. Mais lorsque le moment était venu pour le peuple de sortir de la cité, toutes les réflexions avaient abouti à une synergie d’actions pour qu’il aille conquérir d’autres terres. Aujourd’hui, les vestiges de la muraille existent mais l’érosion et les dégradations ont réduit la hauteur de cette muraille à 2 ou 3 mètres par endroit. La controverse autour d’elle a suscité des commentaires selon lesquels elle serait construite avec du sang humain. A l’époque, toute la population avait participé à la construction du mur. Les hommes utilisaient les pieds nus pour pétrir l’argile. Or, à cause de la sécheresse, et par manque d’eau, ils versaient de l’ eaux usées de cuisine contenant des arêtes de poissons, des coquilles de mollusques et surtout des os de gibiers sur l’argile à pétrir. Ces objets pointus ou tranchants blessaient les constructeurs, causant des saignements aux pieds d’où l’extrapolation de l’idée selon laquelle la muraille serait érigée avec le sang humain. Si le séjour du peuple Ewé à Notsé avait duré plus longtemps, on parlerait de l’Empire de Notsé et non du Royaume, parce que son  influence aurait été plus étendue. Notsé fut fondé, selon la datation, vers le 12ème siècle.

Le départ de Notsé ou l’exode et la dispersion du peuple Ewé, sont liés au nom du roi Agokoli.

Les Raisons de l’Exode du Peuple Ewé

Les Dogbo faisaient partie de la grande famille Ewé. De Tado, les Dogbo étaient arrivés à Notsé et constituaient un sous-groupe Ewé très important. Ils vivaient en symbiose avec les autres sous-groupes qui partageaient la même langue.

Un jour, au cours des cérémonies funéraires organisées dans le quartier du roi Agokoli, certaines personnes avaient bu de l’Atsyakpalun, la boisson locale. Dans cette ambiance funeste, marquée par l’abus d’alcool, une bagarre éclata et fît un blessé.

Sanctuaire du peuple EWEPour tenter le Roi Agokoli, les Dogbo cachèrent le blessé et envoyèrent un message au Roi pour lui dire que le blessé a succombé, tué par son fils. Le Roi, lui même avait institué une loi auparavant qui interdisait à qui que ce soit de tuer : « Qui tue son prochain doit être tué aussi ». Il était donc obligé de faire tué son fils afin de faire appliquer la loi. Quelques mois plus tard, au rassemblement des funérailles chez les Dogbo, Sri le patriarche des Dogbo dans un état d’ébriété, s’était levé pour déclarer : “Nous sommes des fils Adza venus d’Adzatomé. Nous sommes les vengeurs des vivants. Aga qu’on croyait mort, n’est pas mort ». Cette nouvelle rapportée au Roi, l’avait mis en colère noire contre les Dogbo et il avait décidé de venger son fils.

Craignant les représailles du Roi, les Dogbo avaient décidé de quitter Notsé. D’où, la dispersion de certains Ewé de la muraille d’Agbogbo seule la famille du Roi Agokoli et quelques proches étaient restés. D’autres qui se sentaient à l’étroit ont profité de cette occasion pour partir conquérir de nouvelles terres cultivables. Ces populations, qui fuyaient la vengeance  du roi Agokoli, une fois sortie de la muraille, prenaient la direction qui leur convenait à la recherche d’asiles où ils auraient une vie paisible.

Le premier groupe prit la direction du sud, vers la mer où il a donné naissance aux communautés des Dogbo-Copé, Tsévié, Bè, Togoville, Kéta, Anloga, Ho, Avénoè, Dzodzé, Fényi, Kliko Wéta, Anyako, Agbozoumé, Mafi, Agavé

Le deuxième groupe prit la direction du sud-ouest sous la conduite de l’ancêtre Asso-Apédé qui donna naissance aux communautés d’Assogli, Agomevoefé, Kpenoè, Hodzo, Adaku et les communautés des ancêtres de Hossou, Akala, Sofoé, et Djanti.

Le troisième groupe qui avait pris la direction du Nord-ouest a donné naissance aux Gbi, Peki, Elavanyo, Kpando, Kpalimé, Agomé, Agouvé, Logba, Savi, Dzolo, Kpédzi Matsé, Wodzé.

Les Agomé se sont répartis ensuite en cinq cités à savoir : Agomé Tomégbé, Yo, Agomé Koussountou, Agomé Kpodzi, Agomé Kpalimé.

Le Berceau du Peuple EWE de NotséLes dernières communautés qui s’étaient séparées de leurs compagnons de route aux abords du plateau de Danyi, s’éloignèrent vers le nord-ouest et s’installèrent dans la plaine dont les hameaux portent aujourd’hui des noms comme Kpélé Kamé, Tutu, Atimé, Tsiko, Tsavié, Avého, Agbano, Elé.

Chaque nouvelle localité créée sa propre histoire. Par exemple, une partie du premier groupe qui avait pris la direction du sud allant vers la mer s’était arrêtée à une centaine de kilomètres environs pour reprendre des forces. A leur arrivée sur le territoire actuel de la ville de Tsévié, ils avaient semé du haricot afin de pouvoir se refaire des provisions pour la route. Une autre partie du groupe en fuite, craignant que le Roi Agokoli n’envoie ses hommes à leur poursuite, avait décidé de continuer le chemin de l’exode et était partie plus au sud, en direction de la mer. La première partie du groupe avait choisi de rester sur les lieux, le temps que la culture du haricot mûrisse, d’où le nom de Tsévié (ayia ne tse vie : que le haricot mûrisse un peu).

Aujourd’hui, la préfecture de Tsévié compte 17 cantons. Tous commémorent chaque année, au mois d’août, la fête du haricot (Ayizan). Une fête qui rappelle leur histoire commune.

Telles sont les principales étapes de l’installation du peuple Ewé émigré de Notsé à la fin du XVI siècle et du XVII siècle.

Les Rois

Le premier Roi du peuple Ewé venu d’Oyo à Notsé en passant par Kétu et Tado s’appelait DA. Il s’est installé sur le monticule appelé « Dakpodji » (qui signifie le quartier du Roi). Le DA a engendré Ago qui, à son tour a mis au monde Akoli. Lorsque Akoli a succédé à son père, pour le distinguer des autres qui portaient le même nom, on lui a ajouté le nom Agbo et il devint Agokoli 1er, concepteur de la muraille tout autour de la Cité, pour la protection de la population.

Dakpodji, l’ancien palais royal du premier roi d’Ewé est un lieu d’intronisation et d’inhumation des rois de Notsé.